Nan Hee Yu

Mon travail pose ses bases sur la communication sociale. J’utilise différents médiums telles que la vidéo et l’écriture pour mettre en lumière les liens éphémères tissés par les gens dans notre monde de communication.
Cela a d’abord pris la forme d’un échange d’objets qui ont joué un rôle de communication et révélé un écart dans notre compréhension réciproque du temps.
Ensuite, j’ai échangé des cartes postales avec des gens inconnus. J’ai noté l’adresse et les noms des personnes qui habitaient à l’endroit où j’ai déjà vécu, ou encore ceux où j’avais un souvenir, je me suis donc déplacée dans plusieurs villes. Ces cartes postales et ces endroits jouent un rôle de connexion entre nous comme une voie de communication. Dans ce travail, l’endroit, ou le lieu de vie, était ce qui nous rapprochait.
Et cela me permet de déclencher mon imagination pour accéder à leurs vies, leur inventer une vie fictive.
Ce qui m’intéresse c’est de déclencher une connexion et d’établir une relation avec des gens, de les voir physiquement dans un espace fluide et improvisé
Je me suis rendue à différentes auberges de jeunesses pour rencontrer des étrangers. Les chambres sont assez réduites et en même temps très intimes, ce qui permet de nouer un contact.
Dans ma démarche, il y a toujours la question des moyens de communications qui permet d’unir les humains.
En nouant des liens improvisés, pour un moment plutôt bref avec des gens inconnus qui s’assoient à côté de moi dans un bus, un train, etc., j’ai voulu jouer avec le hasard. J’avais la possibilité d’établir le contact ou pas, d’une manière totalement improvisée. L’espace réduit et de promiscuité des transports en commun permet d’être proche des gens alors que l’on est totalement étranger à leur vie. De même, le transport en commun était le lieu idéal, celui-ci est en mouvement, et nous immobiles, ce qui rend donc propice l’échange : il n’y a pas d’échappatoire. De cette situation a découlé un travail basé sur l’écriture et la photographie. J’ai créé des textes à partir de ces rencontres éphémères. Je demandais à des gens de me dire la couleur qui les inspirait au moment de notre échange. J’ai pris la première lettre de ces couleurs et cela a donné un texte sur le bleu, le jaune, etc. Ces textes racontent l’histoire fictionnelle de personnages dont le nom commence par la lettre de ces couleurs. À ces textes, j’ai associé des photos qui contrastent avec les textes, et où les personnages fictifs sont omniprésents. Sur des photos, (une par texte), il n’y a que le lieu vide de la rencontre avec la personne qui m’a donné la couleur que je lui avais demandée. À travers ces photos très froides, sans personne, j’ai voulu exprimer le décalage entre la réalité de notre vie et la liberté de l’imagination qui peut à notre guise replacer des êtres humains dans ces lieux communs.
J’ai développé via le médium vidéo, une autre façon de recréer une histoire fictive, toujours dans les transports en commun. Dans la vidéo, je suis maître du jeu : je recrée sur un plexiglas la forme colorée et invente la vie fictive des voyageurs. Quelquefois, le bus étant en mouvement, mon geste était moins précis et engendre des « bavures » : la personne n’était alors pas totalement cachée, cela crée un décalage entre la réalité et le personnage fictif coloré.
Pour moi, cet espace joue le rôle d’une porte de communication entre les humains pour les relier.